QUI CH'ETOT, GEORGES FIDIT? QUI ETAIT GEORGES FIDIT?

 

     
Georges Louis Eugène FIDIT
est né à Valenciennes le 20 mai 1864
et y décède le 20 mai 1926, le jour de ses 62 ans
.

    Son père, Jean-Baptiste FIDIT, né à Arras, le 10 juin 1836, fut soprano-solo de la maîtrise de la cathédrale de cette ville. Il fit ses étude au séminaire et contracta un engagement au 14è de ligne, le 14 juin 1853. Il prit part à la campagne de Crimée où il fut blessé ; resté sur le champ du bataille, il eut une congélation le 19 décembre 1855. Le 16 juillet 1856, il reçut la médaille de S. M. la Reine d'Angleterre. Le 16 mai 1857, il fut incorporé dans la musique du 1er régiment des Voltigeurs de la Garde Impériale. Il participa à la campagne d'Italie, après laquelle, dans une marche militaire, il fit une chute qui nécessita l'amputation d'une jambe. Il reçut la médaille d'Italie. L'État lui alloua une petite pension. Il reçut des mains de l'Empereur la médaille militaire, et fut nommé casernier à  Valenciennes, s'y maria et y mourut, le 28 octobre 1864, à l'âge de vingt-huit ans. Sa femme, concierge à la Citadelle, se retrouve avec un bébé de cinq mois. Georges ne connaîtra pas son père.
     Georges est élevé par ses grands-parents. Il reçoit de sa grand'mère les soins les plus tendres. Il fait ses études à l'École primaire supérieure, rue des Capucins, où il se fait remarquer par l'originalité de son style.
    Après une enfance sans histoire à l'ombre des remparts de la ville, il quitte l'École en 1878 et entre comme caissier dans une grande épicerie de la ville, puis comme employé dans une maison de commerce de gros, il est « représentant de commerce ».
    Il aime taquiner la muse mais ses vers en français sont très mauvais. Il commence alors à écrire en patois, ce qui lui vaut d'être connu et sollicité à de multiples occasions.
    À 18 ans, il fait chanter sa première poésie « Larmes d'amour », au Cercle des Orphéonistes valenciennois ; M. Deromby, président, le félicite et l'engage à continuer. C'est ainsi que, successivement, il fait entendre aux soirées des Orphéonistes et dans divers autres Cercles de la ville : Dimanche de Printemps - Laissez-la vivre ! - Ton nom - Reviens, Denise, avec laquelle M. Lardenois obtient une 1ère mention au 7è concours de la Gerbe Littéraire, en 1886, section de composition musicale.
    Il fait éditer plusieurs romances chez Mme veuve Ghéluve, de Paris.
    Il obtient diverses récompenses aux concours des Rosati en 1893, 94 et 95, pour ses chansons et poésies françaises et patoises.
    À l'occasion de la réorganisation de la fête de Binbin - mars 1893 - il compose en patois valenciennois la chanson de Binbin, qui est vendue au profit des pauvres. Dans son compte-rendu de la fête, l'Impartial du 15 mars dit : « Deux de nos concitoyens ont eu l'excellente idée de composer une chanson de circonstance intitulée Binbin, dédiée à M. Cacheux. Les paroles sont dues à M. Fidit et la musique à M. Triquoit. Cette chanson a été vendue au profit des pauvres. Nous regrettons de ne pouvoir en publier les sept couplets, mais nous ne résistons pas au désir de donner le premier et le dernier ».

Awi, mes bonn's gins d'Valinciennes,
Ej'sus Binbin, mé v'là r’vénu  :
J'sus contint qué d'mi on s’souvienne,
V'là trint'tros ans qu'in n'm'a pas vu.
J'vas vous conter, pou vous distraire,
L'histoire d'mes tribulations ;
Seul'mint n'vous mettez point à braire
A ces trisses révélations.



D'Norbent j'ai m'tiète, d'Debiève m'robe.
In m'a coiffé d'un biau bourlet ;
N’y a pus d' danger qu'in m' les dérobe,
Car Cacheux m'a rindu m'n'hochet,
Tous les Conseillers dé l'franqu'ville
Ont promis dé n'pus m'oublier ;
Dé n'pus m' laisser dormir tranquille :
Trint'tros ans sans v'nir m' éveiller.

    Pour la marche du 24  mars 1895, la Société des Orphéonistes « Les plus Heureux » fut instituée pour chanter dans le cortège, la chanson de Binbin.
    Dans le cours de l'année 1893, M. Fidit est chargé par les organisateurs du punch offert à MM. Félix Desruelles, statuaire, et Paul Dusart, architecte, tous deux 1er 2ème Grand Prix de Rome de la même année, d'écrire une poésie de circonstance.
    Voici ce qu'en dit, dans son compte-rendu du 21 août 1893, l'Impartial du Nord : « Après le beau discours de M. Sautteau, maire de Valenciennes, M. Fidit, un jeune poète de talent, lauréat des Rosati, déclame une entrainante pièce de vers spécialement écrite pour la circonstance ».
    Quelques jours après l'inauguration du monument de Wattignies, à Maubeuge, dû au ciseau de Fagel, les anciens élèves des Académies de Valenciennes donnent à leur compatriote un banquet ; Georges Fidit y fait chanter Wattignies, dont la musique était de Paul Vidal, sous-chef du 127è de Ligne.
    La société : les Travailleurs du Livre, toujours prête à venir en aide à ses sociétaires dans le besoin, a, au profit de la veuve d'un confrère, organisé une soirée de bienfaisance : elle prie M. Fidit de composer une pièce de vers de circonstance, ce qu'il fait de bonne grâce.
    Cette pièce, reproduite avec un programme artistique, est vendue au profit de l'œuvre. L’Impartial du 12 mars 1894 écrit : M. Quéro, un jeune typo, a d'abord débité, au commencement de la soirée, une poésie d'une facture très délicate et composée pour la circonstance par un de nos concitoyens, M. Georges Fidit. Elle est intitulée : Le Typo, et dédiée à la Société « Les Travailleurs du Livre de Valenciennes ».
    D'autre part, voici en quels termes le journal Le Topographe Lillois en parle dans son numéro du 28 juillet 1894 : « La 101è section, toujours prête à venir en aide à ses sociétaires malades, aux veuves et orphelins, avait fait appel, lors de sa dernière soirée de bienfaisance, au talent d'un poète local, M. Georges Fidit, qui composa, pour la circonstance, une pièce de vers intitulée : Le Typo. « Nous ne pouvons mieux faire que de reproduire ici Le Typo qui intéresse certainement tous nos confrères ».

Le Typo

Gutemberg a fait le Typo
Pour éclairer l'esprit du monde.
Dans sa main tenant un flambeau,
Gutemberg a fait le Typo.
Qu'on le grave sur son tombeau
Et qu'on le répète à la ronde :
Gutemberg a fait le Typo
Pour éclairer l'esprit du monde !

Portant le flambeau du Progrès,
Il s'avance à travers les âges.
Il va, bravant tous les décrets,
Portant le flambeau du Progrès.
Et malgré les efforts secrets,
Le cri des sots, l'appel des sages,
Portant le flambeau du Progrès,
Il s'avance à travers les âges.

Il est témoin de nos douleurs,
Il aime à nous voir dans la joie.
Il conseille les travailleurs
Il est témoin de nos douleurs.
Des savants, des littérateurs,
Grâce au Typo, l'esprit flamboie ;
Il est témoin de nos douleurs,
Il aime à nous voir dans la joie.

Il est bon, grand et valeureux,
Aime la France sa patrie.
Il console les malheureux ;
Il est bon, grand et valeureux.
Il voudrait, ce cœur généreux,
Que nulle âme ne fût meurtrie.
Il est bon, grand et valeureux,
Aime la France sa patrie.

Il est jovial, plein de gaîté.
Il bannit la mélancolie.
Dieu lui fit don de la santé :
Il est jovial, plein de gaîté.
Pour lui tintent à volonté
Les doux grelots de la folie
Il est jovial, plein de gaîté ;
Il bannit la mélancolie.

Sa devise est : Fraternité ;
Son vœu : Secourir l'indigence.
Il est fils de la Liberté.
Sa devise est : Fraternité.
Il exhorte à la charité.
La fait avec intelligence.
Sa devise est : Fraternité ;
Son vœu : Secourir l'indigence.

Typos sans travail, malheureux,
Trouvent abri sous sa bannière ;
Veuve, orphelin, nécessiteux,
Typos sans travail, malheureux ;
Il donne des fêtes pour eux,
Les garde contre la misère.
Typos sans travail, malheureux,
Trouvent abri sous sa bannière.

Merci des encouragements
Que lui donne votre présence
Artistes, spectateurs charmants,
Merci des encouragements.
Grâce à vous, de femmes, d'enfants,
Il adoucira la souffrance.
Merci des encouragements
Que lui donne votre présence.

    À l'occasion de la Sainte Cécile, le 24 novembre 1894, il  rend hommage à M. Théodore Deromby, le dévoué président, l'âme des orphéonistes de Valenciennes, en de jolies stances dont un exemplaire, joliment orné d'une superbe lithographie de M. Jules Léonard, lui est offert par les sociétaires.
    Il fait également chanter la Chanson des Orphéonistes, dont M. Paul Vidal a fait la musique.
    Pour les fêtes du Centenaire de Valenciennes, le 20 juillet 1895, paraît (Giard, édit.) la chanson : Valenciennes, de M. Fidit, dont M. Albert Carlier,  chef du Choral Club Valenciennois, a fait la musique.
    À la marche du Centenaire du décret de la Convention déclarant que « Valenciennes a bien mérité de la Patrie », il représente sur le char de la Défense de Valenciennes, le conventionnel Cochon, député des Deux-Sèvres. Voici ce que dit Paul Membré dans sa brochure La Marche du Centenaire : « Très dignes, les conventionnels Brie et Cochon, surtout Cochon ; compliments à M. Fidit ».
    Enfin, le 13  août 1895, au punch que les anciens élèves de l'École primaire supérieure de M. Damien offrent à leur camarade, Lucien Leclerq, 1er prix de hautbois du Conservatoire de Paris, M. Fidit déclama une poésie patoise de circonstance.
    C'est ainsi qu'il mérite son surnom de poète valenciennois.
    Depuis 1893, il collabore au Bulletin musical, artistique et littéraire de Valenciennes, à la Revue des Enfants du Nord, de Paris, à l’arména des enfants du Nord, à l’Abri, d'Amiens, à la Lyre universalité, de Paris, à l'Année des Poètes, de Paris, au Septentrion, revue littéraire et artistique de Lille.
    Plusieurs de ses poésies sont mises en musique par MM. Baillon, chef de musique au 127è de Ligne, Albert Carlier, chef du Choral Club valenciennois, Paul Vidal, sous-chef au 127è de Ligne, Arthur Lardenois, professeur de solfège à l’École nationale de musique de Valenciennes, Paul Triquoit et Henri Belin.
    Georges Fidit est un poète amateur, qui écrit pour occuper ses moments de loisirs, très courts du reste, car le commerce l'absorbe presque complètement. Il a actuellement produit, tant en chansons qu'en poésies françaises et patoises, la matière de plusieurs volumes.
    À 34 ans, le 26 juillet 1898, Georges Fidit, qui demeurait avec sa mère dont il est l'unique soutien, se marie avec Berthe-Marie Blanchard, caissière chez un marchand de meubles, rue du Quesnoy. Le couple s'installe au 53, avenue Saint-Roch... Encouragé par son épouse, le poète publie « Valenciennes La Vibrante », une œuvre importante éditée en souscription à trois cents exemplaires. Le livre est très bien accueilli, mais il n'en sera pas de même, en 1901, pour « Les Valenciennoiseries » que l'on qualifie de vulgaire, la langue employée étant, pour l'époque, assez verte. On y trouve notamment la célèbre chanson tant fredonnée par nos grand'mères : « Al Ducass' d'Auno ».
    Fidit s'essaye aussi au théâtre et y réussit parfaitement bien. Une de ses œuvres « Pendant la Grève », sera jouée deux fois à Valenciennes et une fois à Denain.
    La dernière publication de Fidit est, en 1905, « Les Visions du Terroir » : soixante poèmes qui évoquent la vie à la campagne, belle œuvre bucolique écrite dans un patois très différent de celui employé jusqu'ici par l'écrivain. Depuis plusieurs années déjà, Berthe-Marie Fidit tient, rue de Mons, un commerce de meubles et tapis assez florissant. Mais elle décède le 13 février 1917, et, dès lors, se retrouvant bien seul, Georges Fidit abandonne le commerce et s'installe au 31 rue de l'Abreuvoir. Il n'écrira plus et, déjà oublié, il meurt le 20 mai 1926, le jour même de ses soixante deux ans !

 

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